Les Trois Lois de Kepler : Guide Complet

Les Trois Lois de Kepler : Guide Complet
Physique · Mécanique Céleste · Terminale

Les Trois Lois
de Kepler

Avant Newton, avant les télescopes modernes, Johannes Kepler découvrit les règles universelles du mouvement des planètes. Trois lois, une révolution scientifique — et des formules toujours utilisées aujourd’hui pour envoyer des satellites dans l’espace.

⏱ Lecture : 9 min 🪐 Niveau : Terminale ✦ Méthode & Calculs

Qui était Johannes Kepler ?

Johannes Kepler (1571–1630) était un astronome et mathématicien allemand. À partir des observations précises de Tycho Brahe — les meilleures de l’époque, réalisées à l’œil nu avant l’invention du télescope — il formula entre 1609 et 1619 ses trois lois du mouvement planétaire.

Ces lois sont purement empiriques : Kepler les a déduites des données, sans en connaître la cause physique. C’est Newton, soixante ans plus tard, qui démontrera que ces lois découlent directement de sa loi de gravitation universelle.

À retenir

Kepler décrit comment les planètes bougent. Newton explique pourquoi. Les deux approches sont complémentaires et indissociables en mécanique céleste.


Les trois lois

1

Loi des orbites

Publiée en 1609 — Astronomia Nova

Chaque planète décrit une orbite elliptique autour du Soleil, et le Soleil occupe l’un des deux foyers de cette ellipse.

C’est une rupture totale avec deux millénaires de tradition : depuis Aristote, on croyait que les orbites célestes étaient nécessairement des cercles parfaits. Kepler montre que non — ce sont des ellipses, et le Soleil n’est pas au centre, mais légèrement décalé, en un foyer.

Équation de l’ellipse
\[ \frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{b^2} = 1 \]

\( a \) — demi-grand axe (distance moyenne planète–Soleil)
\( b \) — demi-petit axe
\( c = \sqrt{a^2 – b^2} \) — distance centre–foyer
Le Soleil est placé à l’un des foyers, à la distance \( c \) du centre.

Vocabulaire clé

Périhélie : point de l’orbite le plus proche du Soleil (distance \( a – c \))
Aphélie : point le plus éloigné du Soleil (distance \( a + c \))
Pour la Terre : périhélie ≈ 147 millions de km (début janvier), aphélie ≈ 152 millions de km (début juillet).

2

Loi des aires

Publiée en 1609 — Astronomia Nova

Le segment reliant le Soleil à la planète (le rayon vecteur) balaie des aires égales en des temps égaux.

Conséquence directe : une planète se déplace plus vite lorsqu’elle est proche du Soleil (au périhélie), et plus lentement lorsqu’elle en est éloignée (à l’aphélie). La vitesse orbitale n’est donc pas constante.

Conservation du moment cinétique
\[ \frac{dA}{dt} = \frac{1}{2} \cdot r \cdot v_\perp = \text{constante} \]

\( r \) — distance planète–Soleil
\( v_\perp \) — composante de la vitesse perpendiculaire au rayon vecteur
Cette loi traduit en réalité la conservation du moment cinétique, que Newton démontrera plus tard.

Exemple concret — La Terre

La Terre atteint sa vitesse maximale en janvier (périhélie) : environ 30,3 km/s.
Elle est à sa vitesse minimale en juillet (aphélie) : environ 29,3 km/s.
Pourtant, les aires balayées sur des durées égales restent identiques.

3

Loi des périodes

Publiée en 1619 — Harmonices Mundi

Le carré de la période de révolution \( T \) d’une planète est proportionnel au cube de son demi-grand axe \( a \). Cette relation est la même pour toutes les planètes d’un même système.

3ᵉ loi de Kepler — Loi des périodes
\[ \frac{T^2}{a^3} = \text{constante} = \frac{4\pi^2}{GM} \]

\( T \) — période de révolution (en secondes)
\( a \) — demi-grand axe de l’orbite (en mètres)
\( G \) — constante gravitationnelle (\( 6{,}674 \times 10^{-11} \) N·m²·kg⁻²)
\( M \) — masse du corps central (le Soleil, ou la Terre pour un satellite)

Reformulation pratique

Pour deux planètes A et B du même système :

\[ \frac{T_A^2}{T_B^2} = \frac{a_A^3}{a_B^3} \]

Cette forme est très utile en exercice car elle évite de connaître \( G \) et \( M \) : on compare directement deux planètes entre elles.


Application numérique : vérification sur le système solaire

Si la 3ᵉ loi de Kepler est vraie, le rapport \( T^2/a^3 \) doit être identique pour toutes les planètes. Vérifions sur quelques exemples, en prenant la Terre comme référence (\( T \) en années, \( a \) en UA).

Planète \( a \) (UA) \( T \) (années) \( T^2/a^3 \)
Mercure0,3870,241≈ 1,00
Vénus0,7230,615≈ 1,00
Terre1,0001,0001,00
Mars1,5241,881≈ 1,00
Jupiter5,20311,86≈ 1,00
Saturne9,53729,46≈ 1,00

Le rapport est constant et égal à 1 (en unités UA³/an²) pour toutes les planètes. La loi est vérifiée avec une précision remarquable.


Méthode : résoudre un exercice avec la 3ᵉ loi

La 3ᵉ loi de Kepler est la plus utilisée en exercice de Terminale. Voici la méthode en trois étapes pour ne jamais se tromper.

1

Identifier les données et l’inconnue

Repère quelle grandeur est cherchée : la période \( T \), le demi-grand axe \( a \), ou la masse du corps central \( M \). Note les unités — les erreurs d’unités sont la première cause d’erreur.

Énoncé type

Un satellite artificiel orbite autour de la Terre avec une période \( T = 5400 \) s. Calculer son altitude \( h \). On donne \( M_T = 5{,}97 \times 10^{24} \) kg, \( R_T = 6{,}37 \times 10^6 \) m.

2

Isoler l’inconnue

On part de \( T^2 = \dfrac{4\pi^2}{GM} \cdot a^3 \) et on isole \( a \) :

Isoler le demi-grand axe
\[ a = \left( \frac{GMT^2}{4\pi^2} \right)^{1/3} \]
3

Calculer et conclure

On substitue les valeurs numériques :

\[ a = \left( \frac{6{,}674\times10^{-11} \times 5{,}97\times10^{24} \times 5400^2}{4\pi^2} \right)^{1/3} \] \[ a \approx \left( 2{,}95 \times 10^{20} \right)^{1/3} \approx 6{,}66 \times 10^6 \ \text{m} \]

L’altitude est alors :

\[ h = a – R_T = 6{,}66 \times 10^6 – 6{,}37 \times 10^6 \approx \mathbf{290 \ \text{km}} \]
Conclusion

Le satellite orbite à environ 290 km d’altitude, ce qui correspond à une orbite basse (LEO), similaire à celle de l’ISS.


Les erreurs classiques à éviter

  • Confondre \( a \) et \( h \) : \( a \) est le rayon orbital total (\( R_T + h \)), pas l’altitude seule. Toujours ajouter le rayon de la planète.
  • Mauvaises unités : utiliser des km au lieu de m, ou des heures au lieu de secondes. Convertir systématiquement avant de calculer.
  • Oublier que \( M \) est la masse du corps central : autour de la Terre, \( M = M_T \). Autour du Soleil, \( M = M_\odot \). Ne pas confondre avec la masse du satellite.
  • Croire que les orbites sont circulaires : la 1ère loi dit que les orbites sont elliptiques. Pour les calculs, on utilise \( a \) le demi-grand axe, pas un rayon constant.

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Pour aller plus loin

Les lois de Kepler s’inscrivent dans un ensemble cohérent de lois physiques. Ces articles t’aideront à consolider ta compréhension de la mécanique céleste.

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