📘 Les expressions de la sensibilité
Suite à la Révolution française, une nouvelle sensibilité européenne émerge : le romantisme. Ce mouvement place l’individu, ses sentiments et sa vie intérieure au centre de la création artistique et littéraire, en réaction au rationalisme des Lumières.
📐 I. Le romantisme comme expression de la sensibilité
Les précurseurs préromantiques :
Goethe, Les Souffrances du jeune Werther (1774) : roman épistolaire décrivant l’amour impossible et la souffrance de Werther — le « feu » des sentiments : « Quel feu court dans toutes mes veines lorsque par hasard mon doigt touche le sien. » Ce roman aurait provoqué une vague de suicides en Europe — le « wertherisme ». Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire (1782) : la nature comme miroir de l’âme — « le bruit des vagues et l’agitation de l’eau […] plongeaient dans une rêverie délicieuse ». Précurseur du romantisme par la place accordée aux sentiments personnels et au paysage.

Un siècle mouvementé — contexte du romantisme :
Le XIXe siècle est secoué par des bouleversements politiques : Révolution française (1789), Empire napoléonien, Restauration (1815), monarchie de Juillet. Les romantiques, qui espèrent un monde plus juste, sont désabusés par l’impossibilité d’instaurer une République. Madame de Staël, Corinne ou l’Italie (1807) : le poète romantique est celui qui ressent des sentiments contrastés — « Je suis poète lorsque j’admire, lorsque je méprise, lorsque je hais. »

Définitions fondamentales :
| Notion | Définition |
|---|---|
| Romantisme | Mouvement littéraire et artistique (1re moitié XIXe s.) en réaction contre le rationalisme des Lumières. Exprime les états d’âme, les passions, le « moi ». |
| Mal du siècle | Souffrance d’une génération désabusée après la Révolution — inquiétude, mélancolie, incertitude, solitude. |
| Mélancolie | Profonde tristesse sans cause apparente. Baudelaire : « spleen ». Source d’inspiration poétique = « l’alchimie » (transformer la boue/souffrance en or/écriture). |
| Sentiments moraux | Selon Adam Smith : « principe d’intérêt pour ce qui arrive aux autres » — empathie, capacité à partager les passions d’autrui. |
📐 II. Le héros romantique
Le héros romantique est exalté, torturé, isolé, confronté à un destin incertain — miroir de toute une génération mélancolique. Alfred de Musset, La Confession d’un enfant du siècle (1836) : « Voilà dans quel chaos il fallut choisir alors ; voilà ce qui se présentait à des enfants pleins de force et d’audace, Fils de l’Empire et petit-fils de la Révolution. » La métaphore filée de l’océan tempêtueux exprime le « mal du siècle ». Lorenzaccio (1834) : Lorenzo doit tuer Alexandre de Médicis pour sauver Florence, mais en le faisant il perd son humanité — drame de la métamorphose intérieure : « ce meurtre, c’est tout ce qui me reste de ma vertu. »
📐 III. L’importance de la nature et l’expression de la sensibilité au XXe siècle
Nature et sensibilité romantique : la nature est le miroir de l’âme du poète. Les paysages reflètent les états intérieurs. Lamartine, Le Lac (1820) ; Hugo, Les Contemplations.
Au XXe siècle — conscience artistique et spirituelle : Bergson pense que l’art permet à l’homme d’avoir pleinement conscience de lui-même — le romancier « hardi » retire le voile qui s’interpose entre la conscience et l’homme : « Il nous a remis en présence de nous-mêmes. » (Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889). L’expression de la sensibilité prend des formes nouvelles : le surréalisme (inconscient, rêve), le roman psychologique, le flux de conscience (stream of consciousness).
💡 Citations et auteurs à retenir
• Goethe, Werther (1774) : passion = « feu », « torture », « trouble dans tous mes sens ».
• Rousseau, Rêveries (1782) : nature = miroir de l’âme → rêverie délicieuse.
• Musset, Confession (1836) : « Fils de l’Empire et petit-fils de la Révolution » → mal du siècle.
• Baudelaire : mélancolie = « spleen » → « alchimie » poétique (boue → or).
• Bergson (1889) : le romancier retire le « voile » → remet l’homme en présence de lui-même.