📘 Création, continuités et ruptures
Du XIXe au XXe siècle, la création est traversée par des ruptures majeures — dans les arts visuels comme en littérature — mais aussi par des continuités avec le passé. Après la Seconde Guerre mondiale, l’humanité en crise cherche à redéfinir ce que signifie créer.
📐 I. Le début du XXe siècle : une période de ruptures
Les avant-gardes artistiques :
Paris devient la capitale des arts. Trois mouvements en rupture radicale avec le XIXe siècle :

| Mouvement | Caractéristiques | Œuvres/Auteurs |
|---|---|---|
| Expressionnisme (Allemagne) | Pessimisme, traits déformés, couleurs nouvelles ; crainte de la guerre | Munch, Le Cri (1893) |
| Futurisme (Italie) | Exaltation des machines, de la modernité ; rejet du passé | Marinetti, Manifeste du futurisme (1909) : « Nous chanterons les grandes foules agitées… » |
| Dada | Remise en cause de toutes les conventions esthétiques, politiques, idéologiques | Cabaret Voltaire (Zurich, 1916) |
En littérature — les vers libres :
Blaise Cendrars, La Prose du Transsibérien (1913) : poème en vers libres reproduisant typographiquement le rythme du train — rupture avec les codes métriques classiques, invention de mots (« croustillé »), ponctuation réduite.
Le surréalisme :
Né du traumatisme de la Première Guerre mondiale (1914-1918). André Breton, Manifeste du surréalisme (1924) : définition officielle — « Automatisme psychique pur […] le fonctionnement réel de la pensée, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. » Repose sur : le rêve, le désir, le hasard, l’inconscient, l’écriture automatique, les associations d’idées. Auteurs : Aragon, Éluard, Desnos, Soupault, Péret.

L’art abstrait :
Vassily Kandinsky découvre l’abstraction par accident — un tableau retourné lui révèle une beauté sans objet reconnaissable. « L’objet nuisait à mes tableaux » (Regards sur le passé, 1913). L’art abstrait libère la couleur et la forme de toute représentation du réel.
La phénoménologie :
Remise en question philosophique parallèle : Husserl et Heidegger élaborent la phénoménologie (étude de la conscience et de l’expérience vécue). Elle influencera l’existentialisme de Sartre et Merleau-Ponty.
📐 II. La continuité avec le passé
La réappropriation antique au théâtre :
Les auteurs du XXe siècle réécrivent les mythes antiques pour questionner leur époque. Anouilh, Antigone (1944) : réécriture de Sophocle — débat sur la liberté individuelle face au pouvoir (allusion à l’Occupation). Cocteau, La Machine infernale (1934) : réécriture du mythe d’Œdipe.
Le roman réaliste :
Retour à la tradition narrative réaliste chez certains auteurs (Romain Rolland, Jean-Christophe) qui continue la grande tradition du roman du XIXe siècle.
📐 III. La crise de la création après la Seconde Guerre mondiale
La crise existentialiste :
Après Auschwitz et Hiroshima, une question fondamentale : peut-on encore créer ? Sartre et Camus développent l’existentialisme : l’homme est jeté dans un monde absurde, sans Dieu, sans sens donné à l’avance — il doit créer lui-même son sens. Camus, L’Étranger (1942) et Le Mythe de Sisyphe (1942) : l’absurde comme condition humaine. Adorno : « Écrire un poème après Auschwitz est barbare » — question de la possibilité même de l’art après l’horreur.
Le théâtre de l’absurde :
Beckett, En attendant Godot (1953) : personnages qui attendent sans savoir quoi, dans un décor vide — absence de sens, de progression, de résolution. Ionesco, La Cantatrice chauve (1950) : langage vidé de sens — la communication est impossible.
La crise du Nouveau Roman :
Rupture radicale avec la tradition romanesque. Robbe-Grillet, Simon, Sarraute, Duras : refus du personnage psychologique, de l’intrigue, du narrateur omniscient. Privilégient la description, le temps fragmenté, le point de vue instable. L’œuvre ne donne pas de sens — elle force le lecteur à construire le sien.
💡 Citations et auteurs à retenir
• Marinetti (1909) : « Nous chanterons les grandes foules agitées par le travail » → éloge de la modernité.
• Breton (1924) : surréalisme = « Automatisme psychique pur » → inconscient et rêve.
• Kandinsky (1913) : « L’objet nuisait à mes tableaux » → naissance de l’abstraction.
• Adorno : « Écrire un poème après Auschwitz est barbare » → crise de la création après l’horreur.
• Beckett, Godot (1953) : l’absurde — attente sans objet, absence de sens.