Les Orbitales
Atomiques :
Guide Complet
Sphères, haltères, trèfles, anneaux — les orbitales atomiques sont les régions de l’espace où les électrons ont le plus de chances d’être trouvés. Comprendre leur forme, leur taille, leurs nœuds et leur énergie, c’est comprendre la chimie dans sa totalité.
Partie 1 — Qu’est-ce qu’une orbitale atomique ?
1.1 — Définition rigoureuse
Une orbitale atomique est une fonction d’onde monoélectronique \( \phi_{n,\ell,m_\ell}(\vec{r}) \), solution exacte de l’équation de Schrödinger pour l’atome d’hydrogène ou solution approchée pour les atomes polyélectroniques.
Elle est caractérisée par trois nombres quantiques \( (n, \ell, m_\ell) \) et se factorise en une partie radiale et une partie angulaire :
\( Y_\ell^{m_\ell}(\theta,\varphi) \) — harmonique sphérique : dépend de \( \ell \) et \( m_\ell \), décrit la forme et l’orientation de l’orbitale dans l’espace
La densité de probabilité de présence de l’électron est : \[ \rho(r,\theta,\varphi) = |\phi_{n,\ell,m_\ell}|^2 \]
1.2 — Ce qu’une orbitale représente concrètement
En pratique, on représente une orbitale par une surface isodensité qui englobe 90% de la probabilité totale de présence de l’électron. À l’intérieur de cette surface, l’électron a 90% de chances d’être trouvé si on le mesure. À l’extérieur, 10%.
❌ Une trajectoire de l’électron (le principe d’incertitude l’interdit)
❌ Une région aux bords nets (la densité de probabilité décroît continûment)
❌ Une case qui “contient” l’électron comme une boîte
✅ Une distribution de probabilité continue dans l’espace
✅ Une fonction mathématique \( \phi(r,\theta,\varphi) \) qui peut être positive, négative ou complexe
✅ Une surface de 90% de probabilité qu’on utilise pour la visualisation
Partie 2 — La partie radiale : taille et nœuds sphériques
2.1 — Les fonctions radiales de l’hydrogène
La partie radiale \( R_{n\ell}(r) \) détermine comment varie la probabilité de présence en fonction de la distance au noyau. Elle s’exprime avec le rayon de Bohr \( a_0 = 0{,}529 \ \text{Å} \) comme unité de longueur naturelle.
| Orbitale | \( R_{n\ell}(r) \) | Nœuds radiaux \( (n-\ell-1) \) |
|---|---|---|
| 1s | \( 2\left(\dfrac{1}{a_0}\right)^{3/2} e^{-r/a_0} \) | 0 |
| 2s | \( \dfrac{1}{2\sqrt{2}}\left(\dfrac{1}{a_0}\right)^{3/2} \left(2-\dfrac{r}{a_0}\right) e^{-r/2a_0} \) | 1 (à \( r=2a_0 \)) |
| 2p | \( \dfrac{1}{2\sqrt{6}}\left(\dfrac{1}{a_0}\right)^{3/2} \dfrac{r}{a_0} e^{-r/2a_0} \) | 0 |
| 3s | \( \propto \left(27-18\dfrac{r}{a_0}+2\dfrac{r^2}{a_0^2}\right) e^{-r/3a_0} \) | 2 |
| 3p | \( \propto \dfrac{r}{a_0}\left(6-\dfrac{r}{a_0}\right) e^{-r/3a_0} \) | 1 |
| 3d | \( \propto \dfrac{r^2}{a_0^2} e^{-r/3a_0} \) | 0 |
2.2 — Les nœuds radiaux
Un nœud radial est une sphère concentriqueau noyau sur laquelle \( R_{n\ell}(r) = 0 \), donc \( \rho = 0 \). L’électron ne peut jamais être trouvé exactement sur cette sphère. Le nombre de nœuds radiaux est \( n – \ell – 1 \).
Partie 3 — Les orbitales s \( (\ell = 0) \)
Orbitales s — Sphériques
\( \ell = 0 \) · \( m_\ell = 0 \) · 1 orbitale par couche · 2 électrons max · Sphère parfaitement symétrique
Les orbitales s sont les plus simples : elles ont une symétrie sphérique parfaite. La probabilité de présence de l’électron ne dépend que de la distance \( r \) au noyau, jamais de la direction. La partie angulaire est une constante : \( Y_0^0 = 1/\sqrt{4\pi} \).
La taille de l’orbitale augmente avec \( n \) : l’orbitale 2s est plus grande que 1s, 3s plus grande que 2s, etc. Et chaque orbitale ns possède \( n-1 \) nœuds radiaux.
Densité radiale maximale en \( r = a_0 \) (rayon de Bohr = 0,529 Å).
Décroissance exponentielle : l’électron peut être trouvé à n’importe quelle distance, mais avec une probabilité exponentiellement décroissante.
Partie 4 — Les orbitales p \( (\ell = 1) \)
Orbitales p — Haltères selon 3 axes
\( \ell = 1 \) · \( m_\ell = -1, 0, +1 \) · 3 orbitales par couche (n≥2) · 6 électrons max · Nœud angulaire : 1 plan nodal
Les orbitales p ont une forme d’haltères à deux lobes, orientés selon les trois axes cartésiens. Le nœau au centre est un plan nodal qui passe par le noyau : la probabilité de présence est nulle dans ce plan.
On nomme les trois orbitales \( p_x \), \( p_y \) et \( p_z \) selon leur axe d’orientation. Ce sont des combinaisons linéaires réelles des solutions complexes \( \phi_{2,1,+1} \) et \( \phi_{2,1,-1} \), choisies pour des raisons de lisibilité chimique.
Le facteur \( r \cdot e^{-r/2a_0} \) est nul en \( r=0 \) (pas d’électron au noyau pour p) et en \( r\to\infty \).
Les lobes + et − sur les schémas d’orbitales indiquent le signe de la fonction d’onde ψ, pas une charge électrique. La densité de probabilité \( |\psi|^2 \) est toujours positive. Ces signes ont une importance cruciale en chimie : la liaison covalente se forme par recouvrement de lobes de même signe (interférence constructive des ondes).
Partie 5 — Les orbitales d \( (\ell = 2) \)
Orbitales d — Trèfles et tore
\( \ell = 2 \) · \( m_\ell = -2,-1,0,+1,+2 \) · 5 orbitales (n≥3) · 10 électrons max · 2 nœuds angulaires
Les cinq orbitales d ont des formes variées et fascinantes. Quatre d’entre elles (\( d_{xy} \), \( d_{xz} \), \( d_{yz} \), \( d_{x^2-y^2} \)) ont une forme de trèfle à quatre lobes. La cinquième, \( d_{z^2} \), a deux lobes alignés sur l’axe z avec un tore (anneau) équatorial.
| Orbitale d | Orientation | Forme | Plans nodaux |
|---|---|---|---|
| \( d_{z^2} \) | Axe z | 2 lobes + tore équatorial | Deux cônes (θ = 54,7° et 125,3°) |
| \( d_{x^2-y^2} \) | Axes x et y | 4 lobes selon ±x, ±y | Plans xz et yz |
| \( d_{xy} \) | Entre x et y (45°) | 4 lobes à 45° des axes | Plans xz et yz |
| \( d_{xz} \) | Entre x et z | 4 lobes à 45° | Plans xy et yz |
| \( d_{yz} \) | Entre y et z | 4 lobes à 45° | Plans xy et xz |
Dans les complexes de métaux de transition (Fe, Cu, Ni, Co…), les orbitales d sont partiellement remplies. Les ligands (molécules coordinées) créent un champ cristallin qui lève la dégénérescence des 5 orbitales d en deux groupes d’énergie différente : \( e_g \) (\( d_{z^2} \) et \( d_{x^2-y^2} \)) et \( t_{2g} \) (\( d_{xy} \), \( d_{xz} \), \( d_{yz} \)). C’est la théorie du champ cristallin — elle explique la couleur des complexes métalliques et leurs propriétés magnétiques.
Partie 6 — Les orbitales f \( (\ell = 3) \)
Orbitales f — Formes complexes
\( \ell = 3 \) · \( m_\ell = -3,-2,-1,0,+1,+2,+3 \) · 7 orbitales (n≥4) · 14 électrons max · 3 nœuds angulaires
Les 7 orbitales f ont des formes encore plus complexes, avec 3 nœuds angulaires chacune. Elles n’apparaissent qu’à partir de la couche \( n=4 \) et sont remplies dans les lanthanides (La à Lu, \( Z = 57-71 \)) et les actinides (Ac à Lr, \( Z = 89-103 \)).
Partie 7 — Les nœuds : la clé pour compter et comprendre
7.1 — Les deux types de nœuds
Chaque orbitale possède des régions où la fonction d’onde s’annule exactement — les nœuds. Il en existe deux types qui jouent des rôles complémentaires :
| Type de nœud | Définition | Nombre | Forme géométrique |
|---|---|---|---|
| Nœuds radiaux | Surfaces où \( R_{n\ell}(r) = 0 \) | \( n – \ell – 1 \) | Sphères concentriques autour du noyau |
| Nœuds angulaires | Surfaces où \( Y_\ell^{m_\ell}(\theta,\varphi) = 0 \) | \( \ell \) | Plans ou cônes passant par le noyau |
| Total | Somme des deux types | \( n – 1 \) | Toujours \( n-1 \) nœuds au total |
1s : \( n=1, \ell=0 \) → 0 nœud radial + 0 nœud angulaire = 0 nœud
2p : \( n=2, \ell=1 \) → 0 nœud radial + 1 nœud angulaire = 1 nœud (le plan nodal)
3d : \( n=3, \ell=2 \) → 0 nœud radial + 2 nœuds angulaires = 2 nœuds
4f : \( n=4, \ell=3 \) → 0 nœud radial + 3 nœuds angulaires = 3 nœuds
Exercices Corrigés
Identifier et décrire les orbitales
Niveau 1 — DescriptionPour chacune des orbitales suivantes, donner : le nombre de nœuds radiaux, le nombre de nœuds angulaires, le nombre total de nœuds, la forme géométrique et le nombre max d’électrons.
a) 1s b) 3p c) 4d d) 4f e) 5s
1s : \( n=1, \ell=0 \)
Nœuds radiaux : \( 1-0-1 = 0 \) — Nœuds angulaires : \( 0 \) — Total : \( 0 \)
Forme : sphère parfaite — Max : 2 électrons
3p : \( n=3, \ell=1 \)
Nœuds radiaux : \( 3-1-1 = 1 \) (sphère) — Nœuds angulaires : \( 1 \) (plan) — Total : \( 2 \)
Forme : haltères avec une sphère nodale interne — Max : 6 électrons (3 orbitales × 2)
4d : \( n=4, \ell=2 \)
Nœuds radiaux : \( 4-2-1 = 1 \) — Nœuds angulaires : \( 2 \) — Total : \( 3 \)
Forme : trèfle à 4 lobes (ou d_z² avec tore) avec une sphère nodale — Max : 10 électrons (5 orbitales × 2)
4f : \( n=4, \ell=3 \)
Nœuds radiaux : \( 4-3-1 = 0 \) — Nœuds angulaires : \( 3 \) — Total : \( 3 \)
Forme : très complexe, 8 lobes pour la plupart — Max : 14 électrons (7 orbitales × 2)
5s : \( n=5, \ell=0 \)
Nœuds radiaux : \( 5-0-1 = 4 \) — Nœuds angulaires : \( 0 \) — Total : \( 4 \)
Forme : sphère avec 4 sphères nodales concentriques — Max : 2 électrons
Densité de probabilité de l’orbitale 2p_z
Niveau 2 — Calcul de ρLa fonction d’onde \( 2p_z \) de l’hydrogène est :
\( \phi_{2p_z} = \dfrac{1}{4\sqrt{2\pi}} \left(\dfrac{1}{a_0}\right)^{3/2} \dfrac{r}{a_0} e^{-r/2a_0} \cos\theta \)
1. Écrire l’expression de la densité de probabilité \( \rho = |\phi_{2p_z}|^2 \).
2. Dans quel plan la densité est-elle nulle ? Quel type de nœud est-ce ?
3. Où est-elle maximale selon \( \theta \) (pour r fixé) ?
4. En quels points de l’axe z (\( \theta=0 \)) la densité radiale est-elle maximale ?
\( \rho_{2p_z} = |\phi_{2p_z}|^2 = \dfrac{1}{32\pi a_0^5} r^2 e^{-r/a_0} \cos^2\theta \)
\( \rho = 0 \) quand \( \cos\theta = 0 \), soit \( \theta = \pi/2 \).
Cela correspond au plan équatorial xy (\( z=0 \)).
C’est un nœud angulaire (plan nodal passant par le noyau).
\( \cos^2\theta \) est maximal quand \( \cos\theta = \pm1 \), soit \( \theta = 0 \) (pôle nord) ou \( \theta = \pi \) (pôle sud).
La densité est maximale le long de l’axe z — ce qui explique la forme en haltères alignés selon z.
Sur l’axe z (\( \theta=0, \cos\theta=1 \)), la densité devient : \( \rho \propto r^2 e^{-r/a_0} \)
Maximum : \( \dfrac{d}{dr}(r^2 e^{-r/a_0}) = 0 \implies 2r – r^2/a_0 = 0 \implies r = 2a_0 \)
Le maximum de densité sur l’axe z est à \( r = 2a_0 = 1{,}06 \ \text{Å} \).
Orbitales hybrides sp — la liaison covalente
Niveau 2 — HybridationEn chimie moléculaire, les orbitales atomiques peuvent se “mélanger” par hybridation. Les deux orbitales hybrides sp d’un carbone sont :
\( \phi_1 = \dfrac{1}{\sqrt{2}}(\phi_{2s} + \phi_{2p_z}) \quad \phi_2 = \dfrac{1}{\sqrt{2}}(\phi_{2s} – \phi_{2p_z}) \)
1. Ces orbitales sont-elles normalisées si \( \phi_{2s} \) et \( \phi_{2p_z} \) le sont et sont orthogonales ? Vérifier.
2. Quelle est la symétrie de \( \phi_1 \) ? Dans quelle direction pointe son lobe principal ?
3. Pourquoi l’hybridation sp donne-t-elle une géométrie linéaire (angle 180°) ?
4. Quelles sont les autres types d’hybridation et les géométries correspondantes ?
\( \langle\phi_1|\phi_1\rangle = \dfrac{1}{2}\langle\phi_{2s}+\phi_{2p_z}|\phi_{2s}+\phi_{2p_z}\rangle \)
\( = \dfrac{1}{2}(\underbrace{\langle\phi_{2s}|\phi_{2s}\rangle}_{1} + \underbrace{\langle\phi_{2p_z}|\phi_{2s}\rangle}_{0} + \underbrace{\langle\phi_{2s}|\phi_{2p_z}\rangle}_{0} + \underbrace{\langle\phi_{2p_z}|\phi_{2p_z}\rangle}_{1}) = \dfrac{1}{2}\times2 = 1 \) ✓
Les orbitales hybrides sp sont bien normalisées.
\( \phi_1 = \frac{1}{\sqrt{2}}(\phi_{2s} + \phi_{2p_z}) \) combine un lobe sphérique (2s) avec un lobe directionnel (2p_z).
La sommation constructive se produit du côté \( +z \) (\( \theta=0 \)),
la sommation destructive du côté \( -z \) (\( \theta=\pi \)).
\( \phi_1 \) pointe principalement dans la direction \( +z \) — grand lobe orienté vers \( +z \), petit lobe vers \( -z \).
\( \phi_1 \) pointe en \( +z \) et \( \phi_2 = \frac{1}{\sqrt{2}}(\phi_{2s}-\phi_{2p_z}) \) pointe en \( -z \).
Les deux orbitales sp pointent dans des directions opposées (180°).
Chacune forme une liaison σ avec un autre atome → géométrie linéaire (\( \text{CO}_2 \), \( \text{C}_2\text{H}_2 \)).
sp : 2 hybrides, angle 180° → linéaire (C₂H₂, CO₂, BeCl₂)
sp² : 3 hybrides, angle 120° → trigonale plane (éthylène, BF₃, benzène)
sp³ : 4 hybrides, angle 109,5° → tétraédrique (méthane, eau, ammoniac)
sp³d : 5 hybrides → bipyramide trigonale
sp³d² : 6 hybrides → octaédrique (complexes de métaux de transition)
Orthogonalité et visualisation des orbitales 2s et 2p
Niveau 3 — Orthogonalité1. Pourquoi les orbitales 2s et 2p_z sont-elles orthogonales ? Quel argument de symétrie permet de le montrer sans calcul ?
2. Montrer formellement que \( \langle 2s | 2p_z \rangle = 0 \) en utilisant la décomposition angulaire.
3. Les orbitales 2p_x et 2p_y sont-elles orthogonales entre elles ? Justifier.
4. Deux électrons dans l’orbitale 2p_z avec les mêmes \( n, \ell, m_\ell \) sont-ils possibles selon Pauli ? Que doit-il se passer ?
Argument de symétrie :
L’orbitale 2s est paire par rapport à l’inversion (ψ(−r) = +ψ(r) — symétrie g).
L’orbitale 2p_z est impaire (ψ(−r) = −ψ(r) — symétrie u).
Le produit 2s × 2p_z est impair. L’intégrale d’une fonction impaire sur tout l’espace est nulle. → Orthogonalité garantie par la symétrie.
\( \langle 2s|2p_z \rangle = \int R_{2,0}(r) Y_0^0(\theta) \cdot R_{2,1}(r) Y_1^0(\theta) \, r^2\sin\theta \, dr\,d\theta\,d\varphi \)
La partie angulaire : \( \int Y_0^0 \cdot Y_1^0 \sin\theta\,d\theta\,d\varphi \)
Or les harmoniques sphériques sont orthogonales : \( \int Y_{\ell}^{m*} Y_{\ell’}^{m’} d\Omega = \delta_{\ell\ell’}\delta_{mm’} \)
Ici \( \ell=0 \neq \ell’=1 \) → intégrale angulaire = 0 → \( \langle 2s|2p_z \rangle = 0 \) ✓
\( \langle 2p_x|2p_y \rangle \propto \int Y_1^{+1*} Y_1^{-1} d\Omega \) (ou combinaisons réelles analogues).
Les harmoniques sphériques de même \( \ell \) mais de \( m_\ell \) différents sont orthogonales (\( m_\ell = 0 \neq \pm 1 \)).
→ 2p_x et 2p_y sont orthogonales ✓
Deux électrons dans 2p_z auraient \( n=2, \ell=1, m_\ell=0 \) — trois nombres quantiques identiques.
Par le principe de Pauli, ils doivent avoir \( m_s \) différents : \( m_s=+1/2 \) et \( m_s=-1/2 \).
→ Les deux électrons peuvent cohabiter dans la même orbitale 2p_z à condition d’avoir des spins antiparallèles (↑↓).
Orbitales d et champ cristallin — les complexes de Fe³⁺
Avancé — Chimie de coordinationLe complexe octaédrique \( [\text{Fe(H}_2\text{O)}_6]^{3+} \) contient un ion Fe³⁺ entouré de 6 ligands eau.
1. Écrire la configuration électronique de Fe³⁺ (Z=26).
2. En présence de 6 ligands en géométrie octaédrique (sur les axes ±x, ±y, ±z), les orbitales d se scindent en deux groupes d’énergie. Identifier lesquelles sont déstabilisées et lesquelles sont stabilisées, en justifiant par leur orientation.
3. Le complexe est haut spin (faible champ cristallin). Dessiner le remplissage des 5 électrons d dans les deux groupes. Quel est le nombre de spins non appariés ?
4. Ce complexe est-il paramagnétique ou diamagnétique ? Pourquoi cette propriété est-elle importante en médecine (IRM) ?
Fe (Z=26) : [Ar]3d⁶4s²
Fe³⁺ perd 3 électrons (4s² d’abord, puis 1 de 3d) :
Fe³⁺ : [Ar]3d⁵
Les 6 ligands sont sur les axes ±x, ±y, ±z.
Groupe e_g (déstabilisé) : \( d_{z^2} \) et \( d_{x^2-y^2} \) — leurs lobes pointent directement vers les ligands → répulsion maximale → énergie plus haute.
Groupe t_{2g} (stabilisé) : \( d_{xy} \), \( d_{xz} \), \( d_{yz} \) — leurs lobes pointent entre les axes → moins de répulsion avec les ligands → énergie plus basse.
5 électrons en 3d, champ cristallin faible (Δ_o petit) → règle de Hund s’applique :
\( t_{2g} \) : ↑ ↑ ↑ (3 électrons, 1 par orbitale)
\( e_g \) : ↑ ↑ (2 électrons, 1 par orbitale)
Nombre de spins non appariés : 5 (configuration haut spin maximale)
5 électrons non appariés → moment magnétique non nul → le complexe est fortement paramagnétique.
En IRM (Imagerie par Résonance Magnétique), les complexes de Fe³⁺ (et Mn³⁺, Gd³⁺) sont utilisés comme agents de contraste. Leur paramagagnétisme accélère la relaxation des protons environnants, améliorant le contraste des images. C’est directement la présence de spins non appariés dans des orbitales d mal remplies qui rend ces complexes utiles en médecine.
Idées reçues et points de vigilance
- “Les lobes + et − d’une orbitale p représentent des charges positive et négative” : faux. Ce sont les signes de la fonction d’onde ψ, pas de charges électriques. La densité de probabilité \( |\psi|^2 \) est toujours positive dans les deux lobes.
- “L’orbitale 2p_z est différente des autres 2p” : les trois orbitales 2p_x, 2p_y, 2p_z sont strictement dégénérées dans l’atome isolé — elles ont la même énergie. Seule l’orientation dans l’espace diffère. La distinction n’a de sens qu’en présence d’un champ extérieur ou de liaisons.
- “Sur un nœud radial, l’électron ne peut pas traverser” : un nœud n’est pas une barrière physique. C’est un point/surface où la probabilité de présence est exactement nulle à l’instant de la mesure, mais l’électron peut être de chaque côté en des instants différents. En mécanique quantique, on ne parle pas de trajectoire.
- “Les orbitales hybrides sp³ sont des solutions de Schrödinger” : les orbitales atomiques pures (s, p, d, f) sont les solutions exactes pour l’hydrogène. Les orbitales hybrides (sp, sp², sp³) sont des combinaisons linéaires construites par convention pour mieux décrire les liaisons dans les molécules.
- “La surface d’isodensité à 90% représente ‘la taille’ de l’orbitale” : le choix de 90% est une convention. On pourrait tracer à 50% (plus petite) ou 99% (plus grande). L’orbitale s’étend en réalité jusqu’à l’infini — la probabilité ne s’annule jamais complètement à grande distance.
Aller plus loin en chimie quantique ?
Cours complets sur les orbitales moléculaires, la théorie des groupes et la spectroscopie.
Pour aller plus loin
Ces articles complètent ta maîtrise des orbitales et de la physique quantique de l’atome.