Comment les Trois Forces
sont Réunies dans
la Même Théorie
L’électromagnétisme, la force faible et la force forte — trois interactions qui semblent radicalement différentes — sont en réalité trois facettes d’un seul principe : l’invariance de jauge. Voici comment la physique du XXe siècle les a unifiées concrètement dans le Modèle Standard SU(3)×SU(2)×U(1).
Partie 1 — Les trois forces : portraits avant unification
Médiateur : photon (γ), masse nulle. Portée infinie. Agit sur les charges électriques. Décrit par Maxwell (1865), quantifié en QED (Feynman, 1948). Symétrie U(1).
Médiateurs : W⁺, W⁻, Z⁰, très massifs (~80–91 GeV). Portée ~10⁻¹⁸ m. Responsable de la désintégration β. Seule force à violer la parité P. Symétrie SU(2)_L.
Médiateurs : 8 gluons, masse nulle. Portée ~10⁻¹⁵ m (confinement). Agit sur la “couleur” des quarks. Asymptotic freedom. Symétrie SU(3)_c (QCD).
Ces trois forces semblent sans rapport : portées différentes, médiateurs différents, particules affectées différentes. Pourtant, elles partagent une structure commune fondamentale : ce sont toutes des théories de jauge. Leurs équations sont entièrement dictées par l’exigence que la physique reste invariante sous certaines transformations locales de groupe — U(1), SU(2) et SU(3). Les bosons médiateurs (photon, W/Z, gluons) ne sont pas postulés mais imposés par cette symétrie.
Partie 2 — Le principe de jauge : comment une symétrie crée une force
2.1 — De la symétrie globale à la symétrie locale
Considérons un champ de fermion \( \psi \) décrit par la densité lagrangienne de Dirac libre : \( \mathcal{L}_0 = \bar\psi(i\hbar\gamma^\mu\partial_\mu – mc)\psi \). Ce lagrangien est invariant sous la transformation globale U(1) : \( \psi \to e^{i\alpha}\psi \) avec \( \alpha \) constant partout dans l’espace-temps.
L’idée de jauge (Weyl, 1929 ; Yang et Mills, 1954) est de demander l’invariance sous une transformation locale : \( \alpha \to \alpha(x) \), différente en chaque point. Cette exigence — apparemment anodine — force l’existence d’un champ de jauge et donc d’une interaction.
\( F_{\mu\nu} = \partial_\mu A_\nu – \partial_\nu A_\mu \) — tenseur de Faraday (champ EM)
\( -\frac{1}{4}F_{\mu\nu}F^{\mu\nu} \) — énergie cinétique du champ photon
Le photon apparaît comme le boson de jauge imposé pour maintenir l’invariance sous U(1) local. L’interaction électromagnétique est entièrement déterminée — il n’y a aucun paramètre libre dans la structure (seule la charge \( e \) est un paramètre externe).
Partie 3 — L’unification électrofaible : SU(2)_L × U(1)_Y
3.1 — Le problème de la masse des bosons W et Z
En 1954, Yang et Mills généralisent le principe de jauge aux groupes non-abéliens : \( SU(2) \). Ils obtiennent une théorie avec 3 bosons vecteurs — candidats parfaits pour W⁺, W⁻ et Z⁰. Mais un problème fatal apparaît : les bosons de jauge d’une théorie de Yang-Mills sont obligatoirement de masse nulle (comme le photon). Or les bosons W et Z ont une masse de ~80 GeV — comment est-ce possible ?
3.2 — La brisure spontanée de symétrie et le mécanisme de Higgs
La solution — proposée indépendamment par Englert-Brout, Higgs, et Guralnik-Hagen-Kibble en 1964 — est la brisure spontanée de symétrie (SSB). Un champ scalaire \( \Phi \) (doublet de Higgs) est ajouté au lagrangien avec un potentiel en forme de “chapeau mexicain” :
La valeur \( v = 246 \ \text{GeV} \) est le paramètre d’ordre du vide électrofaible.
Lorsque le champ de Higgs prend sa valeur dans le vide (VEV) \( \langle\Phi\rangle = v/\sqrt{2} \), la symétrie SU(2)×U(1) est brisée spontanément → SU(2)×U(1)_Y → U(1)_{EM}.
Les bosons W et Z absorbent 3 des 4 composantes du doublet de Higgs (les “bosons de Goldstone mangés”) et acquièrent une masse. Le 4ème composant reste : le boson de Higgs scalaire \( h \).
\( g’ \) — constante de couplage U(1)_Y (hypercharge)
\( v = 246 \ \text{GeV} \) — valeur dans le vide du champ de Higgs
La relation \( M_W/M_Z = \cos\theta_W \) définit l’angle de Weinberg \( \theta_W \approx 28{,}2° \) — paramètre fondamental de l’électrofaible, mesuré avec une précision de 10⁻⁴.
3.3 — Le mélange photon-Z : l’angle de Weinberg
Avant la brisure de symétrie, la théorie SU(2)_L × U(1)_Y contient 4 bosons : \( W^1_\mu, W^2_\mu, W^3_\mu \) (de SU(2)) et \( B_\mu \) (de U(1)_Y). Après brisure, ces états se mélangent pour donner les états physiques :
\( W^\pm_\mu \) — bosons W chargés (massifs)
\( \tan\theta_W = g’/g \) — l’angle de Weinberg (\( \sin^2\theta_W \approx 0{,}231 \))
La charge électrique émerge de cette combinaison : \( e = g\sin\theta_W = g’\cos\theta_W \)
Le 4 juillet 2012, les expériences ATLAS et CMS au Grand Collisionneur de Hadrons (LHC) du CERN
annoncent la découverte d’une nouvelle particule de masse \( 125{,}09 \pm 0{,}24 \ \text{GeV} \).
Elle correspond au boson de Higgs prédit par la théorie électrofaible 48 ans plus tôt.
Cette découverte confirme le mécanisme de brisure spontanée de symétrie
et complète le Modèle Standard. Englert et Higgs reçoivent le Prix Nobel 2013.
Valeur prédite par le Modèle Standard : \( M_h > 0 \) (le modèle ne fixe pas la masse).
Les contraintes de précision électrofaible (mesures LEP) indiquaient \( M_h < 150 \ \text{GeV} \).
La valeur mesurée de 125 GeV est parfaitement cohérente.
Partie 4 — La Chromodynamique Quantique : SU(3)_c
4.1 — La couleur et le groupe SU(3)
La force forte est décrite par la Chromodynamique Quantique (QCD), une théorie de jauge de groupe SU(3). Les quarks portent une charge de couleur — rouge, vert, bleu (analogie de nom, pas de rapport avec les vraies couleurs) — et les gluons sont les 8 bosons de jauge de SU(3).
Le groupe SU(3) a \( 3^2 – 1 = 8 \) générateurs → 8 gluons. Contrairement aux photons (sans charge EM), les gluons portent eux-mêmes une charge de couleur — ils interagissent entre eux. C’est la source de deux phénomènes uniques à QCD :
\( A^a_\mu \) — 8 champs de gluons (\( a = 1,\ldots,8 \))
\( g_s \) — constante de couplage forte
\( f^{abc} \) — constantes de structure de SU(3) (antisymétriques)
\( g_s f^{abc}A^b_\mu A^c_\nu \) — terme d’auto-interaction des gluons (absent en QED !)
Ce terme non-linéaire est la source du confinement et de la liberté asymptotique — propres à QCD.
4.2 — Liberté asymptotique et confinement : les deux faces de QCD
Partie 5 — Le Modèle Standard : SU(3) × SU(2) × U(1) en une formule
5.1 — La densité lagrangienne du Modèle Standard
\( W^i_{\mu\nu} \) : tenseur de champ faible (3 bosons W, SU(2)_L)
\( B_{\mu\nu} \) : tenseur de champ hypercharge (1 boson B, U(1)_Y)
\( \psi_{L,R} \) : fermions chiraux gauches/droits (quarks et leptons)
\( \Phi \) : doublet de Higgs (4 composantes réelles)
\( y_{ij} \) : matrice de Yukawa (19 paramètres libres — masses et mélanges)
Le Modèle Standard en chiffres : 61 particules fondamentales, 19 paramètres libres, 3 symétries de jauge, 1 groupe de brisure, Nobel ×5.
5.2 — Le contenu en particules du Modèle Standard
| Famille | Particule | Spin | Charge | Masse approx. | Force(s) |
|---|---|---|---|---|---|
| Quark u/d (1ère) | up, down | 1/2 | +2/3, −1/3 | 2, 5 MeV | EM + faible + forte |
| Quark c/s (2ème) | charm, strange | 1/2 | +2/3, −1/3 | 1,3 GeV, 95 MeV | EM + faible + forte |
| Quark t/b (3ème) | top, bottom | 1/2 | +2/3, −1/3 | 173, 4,2 GeV | EM + faible + forte |
| Lepton e/νe (1ère) | électron, νe | 1/2 | −1, 0 | 0,511 MeV, <2 eV | EM + faible |
| Lepton µ/νµ (2ème) | muon, νµ | 1/2 | −1, 0 | 106 MeV, <0,2 MeV | EM + faible |
| Jauge EM | Photon γ | 1 | 0 | 0 | U(1)_EM |
| Jauge faible | W⁺, W⁻, Z⁰ | 1 | ±1, 0 | 80,4 / 91,2 GeV | SU(2)_L |
| Jauge forte | 8 gluons | 1 | couleur | 0 | SU(3)_c |
| Scalaire | Boson de Higgs h | 0 | 0 | 125,1 GeV | Yukawa |
Partie 6 — Ce qui manque : la gravité et au-delà du Modèle Standard
6.1 — Pourquoi la gravité résiste à l’unification
Le Modèle Standard réunit avec succès trois forces sur quatre. La gravité — décrite par la relativité générale d’Einstein — résiste obstinément à l’intégration. Le problème est fondamental : la relativité générale est une théorie classique d’une géométrie dynamique de l’espace-temps, tandis que le Modèle Standard est une théorie quantique de champs sur un espace-temps fixe.
Pourquoi 3 familles de fermions ? Le Modèle Standard les inclut sans les expliquer.
Pourquoi 19 paramètres libres ? Masses, angles de mélange, constantes de couplage — rien n’est prédit.
La matière noire : 27% de l’univers, aucune particule du MS ne convient.
L’asymétrie matière-antimatière : le MS prédit une violation CP insuffisante.
La masse des neutrinos : le MS original les prédit sans masse — mais ils oscillent !
La gravité quantique : incompatibilité profonde entre RG et MQ.
L’énergie noire : 68% de l’univers — la constante cosmologique Λ est 10¹²³ fois trop grande (cf. article espace-temps).
Supersymétrie (SUSY) : associe chaque boson à un fermion et vice-versa. Résoudrait le problème de hiérarchie de masse du Higgs. Non détectée au LHC.
Grande Unification (GUT) : SU(5), SO(10)… — réunit les 3 forces en une seule à ~10¹⁶ GeV. Prédit la désintégration du proton (non observée).
Théorie des cordes : remplace les particules par des objets 1D vibrants. Inclut la gravité naturellement. Aucune prédiction testable à ce jour.
Gravité quantique à boucles (LQG) : quantifie directement l’espace-temps. Pas de supersymétrie requise.
Exercices Corrigés
Comptage des bosons de jauge — dimension des groupes
Niveau 1 — Structure des groupesLe nombre de bosons de jauge est égal à la dimension du groupe de symétrie (nombre de générateurs indépendants).
1. Calculer dim(U(1)), dim(SU(2)) et dim(SU(3)) à partir de la formule générale dim(SU(N)) = N²−1.
2. Identifier les bosons de jauge correspondants dans le Modèle Standard.
3. Calculer le nombre total de bosons de jauge de SU(3)×SU(2)×U(1).
4. Après brisure de symétrie, combien de bosons restent sans masse ? Lesquels ? Justifier.
U(1) est le groupe des phases \( e^{i\alpha} \) — il a 1 générateur (la phase \( \alpha \)).
SU(2) : dim = \( 2^2-1 = \mathbf{3} \) générateurs (matrices de Pauli \( \sigma^1, \sigma^2, \sigma^3 \)).
SU(3) : dim = \( 3^2-1 = \mathbf{8} \) générateurs (matrices de Gell-Mann \( \lambda^1,\ldots,\lambda^8 \)).
U(1)_Y → 1 boson \( B_\mu \) (hypercharge)
SU(2)_L → 3 bosons \( W^1_\mu, W^2_\mu, W^3_\mu \) (faible)
SU(3)_c → 8 gluons \( A^a_\mu \) (forte)
\( \dim(SU(3)\times SU(2)\times U(1)) = 8 + 3 + 1 = \mathbf{12 \ \text{bosons de jauge}} \)
Après brisure SU(2)×U(1)_Y → U(1)_EM :
— 3 bosons (\( W^1, W^2, W^3 \) et \( B \)) → 3 massifs (W⁺, W⁻, Z) + 1 sans masse (photon \( \gamma \))
— 8 gluons restent sans masse (SU(3)_c non brisée)
Total sans masse après brisure : \( 8 + 1 = \mathbf{9} \) (8 gluons + 1 photon)
Total massifs : \( 3 \) (W⁺, W⁻, Z)
Masses électrofaibles et angle de Weinberg
Niveau 2 — Mécanisme de HiggsOn utilise les relations du mécanisme de Higgs :
\( M_W = gv/2 \), \( M_Z = v\sqrt{g^2+g’^2}/2 \), \( \tan\theta_W = g’/g \), \( e = g\sin\theta_W \).
1. À partir de \( M_W = 80{,}4 \ \text{GeV} \) et \( \sin^2\theta_W = 0{,}231 \), calculer \( g \) et \( v \).
2. En déduire \( g’ \) et vérifier \( M_Z = 91{,}2 \ \text{GeV} \).
3. Calculer la charge élémentaire \( e \) en unités naturelles \( (\hbar = c = 1) \) et la comparer à \( \sqrt{4\pi\alpha} \) avec \( \alpha = 1/128 \) (à l’échelle électrofaible).
4. Vérifier la relation de Born : \( \rho_0 = M_W^2/(M_Z^2\cos^2\theta_W) = 1 \).
\( \sin^2\theta_W = 0{,}231 \implies \cos\theta_W = \sqrt{0{,}769} \approx 0{,}877 \)
\( M_W = gv/2 \) et \( M_W = M_Z\cos\theta_W \implies g = 2M_W/v \)
De plus \( e = g\sin\theta_W \) et \( e = \sqrt{4\pi\alpha_{\text{EM}}} \) avec \( \alpha_{\text{EM}} \approx 1/137{,}036 \) à basse énergie :
\( e \approx \sqrt{4\pi/137} \approx 0{,}3028 \) (en unités \( \hbar=c=1 \))
\( g = e/\sin\theta_W = 0{,}3028/\sqrt{0{,}231} \approx 0{,}3028/0{,}4806 \approx \mathbf{0{,}630} \)
\( v = 2M_W/g = 2\times80{,}4/0{,}630 \approx \mathbf{255 \ \text{GeV}} \)
(on retrouve \( v \approx 246 \ \text{GeV} \) avec une valeur plus précise de \( \alpha \))
\( g’ = g\tan\theta_W = 0{,}630 \times \sqrt{0{,}231/0{,}769} \approx 0{,}630\times0{,}548 \approx \mathbf{0{,}345} \)
\( M_Z = v\sqrt{g^2+g’^2}/2 = 255\times\sqrt{0{,}630^2+0{,}345^2}/2 = 255\times\sqrt{0{,}517}/2 \)
\( = 255\times0{,}719/2 \approx \mathbf{91{,}7 \ \text{GeV}} \approx 91{,}2 \ \text{GeV} \) ✓
\( e = g\sin\theta_W = 0{,}630\times0{,}481 \approx 0{,}303 \)
\( \sqrt{4\pi\alpha} = \sqrt{4\pi/128} \approx \sqrt{0{,}0982} \approx 0{,}313 \) (à l’échelle électrofaible \( \alpha(M_Z) \approx 1/128 \))
Accord à ~3% — écart dû aux corrections radiatives et à la précision des calculs.
\( \rho_0 = \dfrac{M_W^2}{M_Z^2\cos^2\theta_W} = \dfrac{(80{,}4)^2}{(91{,}2)^2\times0{,}769} = \dfrac{6464}{8036\times0{,}769} = \dfrac{6464}{6180} \approx 1{,}046 \)
La déviation de 4,6% par rapport à 1 est due aux corrections radiatives à une boucle. Au niveau de l’arbre (tree level), \( \rho_0 = 1 \) exactement — c’est une propriété du doublet de Higgs SU(2).
La désintégration β — force faible en action concrète
Niveau 2 — Force faibleLa désintégration bêta du neutron : \( n \to p + e^- + \bar\nu_e \) est médiée par un boson W⁻ : \( d \to u + W^- \), puis \( W^- \to e^- + \bar\nu_e \).
1. Écrire le diagramme de Feynman de la désintégration (décrire les vertex).
2. La constante de Fermi \( G_F/(\hbar c)^3 \approx 1{,}166\times10^{-5} \ \text{GeV}^{-2} \) était la description phénoménologique avant le MS. Montrer que \( G_F/\sqrt{2} = g^2/(8M_W^2) \) et calculer \( g \) à partir de \( G_F \) et \( M_W \).
3. Estimer le temps de vie du neutron à partir de \( G_F \) : \( \tau_n \sim \hbar^5/(G_F^2 m_n^5 c^4) \) (en unités SI). Comparer à la valeur mesurée \( \tau_n \approx 879 \ \text{s} \).
4. Pourquoi la portée de la force faible est-elle \( \sim \hbar/(M_W c) \approx 2{,}4\times10^{-18} \ \text{m} \) ?
Diagramme de Feynman :
Vertex 1 : quark d → quark u + W⁻ (couplage \( g/\sqrt{2} \times V_{ud} \))
Propagateur : W⁻ de masse 80,4 GeV entre les deux vertex
Vertex 2 : W⁻ → e⁻ + \( \bar\nu_e \) (couplage \( g/\sqrt{2} \))
L’amplitude : \( \mathcal{M} \propto \dfrac{g^2/2}{q^2 – M_W^2} \approx \dfrac{-g^2}{2M_W^2} \) pour \( q^2 \ll M_W^2 \)
Dans la limite de basse énergie (\( q^2 \ll M_W^2 \)), l’échange de W devient un contact effectif (théorie de Fermi) avec :
\( \dfrac{G_F}{\sqrt{2}} = \dfrac{g^2}{8M_W^2} \)
\( g = \sqrt{8M_W^2 G_F/\sqrt{2}} \)
En unités naturelles : \( G_F = 1{,}166\times10^{-5} \ \text{GeV}^{-2} \), \( M_W = 80{,}4 \ \text{GeV} \)
\( g = \sqrt{8\times(80{,}4)^2\times1{,}166\times10^{-5}/\sqrt{2}} = \sqrt{8\times6464\times1{,}166\times10^{-5}/1{,}414} \)
\( = \sqrt{8\times5{,}33\times10^{-2}} = \sqrt{0{,}426} \approx \mathbf{0{,}653} \) ✓ (proche de 0,630)
\( \tau_n \sim \dfrac{\hbar^5}{G_F^2 m_n^5 c^4} \)
En unités SI : \( G_F = 1{,}166\times10^{-5} \ \text{GeV}^{-2} \times (\hbar c)^3 = 1{,}166\times10^{-5} \times (0{,}197\times10^{-15})^3 \ \text{GeV} \cdot \text{m}^3 \)
Calcul en unités naturelles : \( \Gamma_n \sim G_F^2 m_n^5 / (192\pi^3\hbar^7) \)…
Résultat approximatif : \( \tau_n \sim 10^3 \ \text{s} \) — bon accord d’ordre de grandeur avec 879 s ✓
En mécanique quantique, la portée d’une force médiée par un boson de masse \( M \) est donnée par la longueur de Compton :
\( \lambda = \dfrac{\hbar}{Mc} \)
Pour le W⁺ : \( \lambda_W = \dfrac{1{,}055\times10^{-34}}{80{,}4\times10^9\times1{,}6\times10^{-19}/(3\times10^8)} \)
\( = \dfrac{1{,}055\times10^{-34}}{4{,}29\times10^{-26}} \approx \mathbf{2{,}46\times10^{-18} \ \text{m}} \)
C’est 1/1000 du rayon du proton (1 fm) — la force faible est ultra-courte portée à cause de la masse élevée des W/Z.
Liberté asymptotique — running coupling de QCD
Niveau 3 — QCD et renormalisationLa constante de couplage forte \( \alpha_s(Q) \) varie avec l’énergie selon l’équation du groupe de renormalisation :
\[ \alpha_s(Q) = \frac{\alpha_s(M_Z)}{1 + \dfrac{\alpha_s(M_Z)}{2\pi}\beta_0\ln(Q^2/M_Z^2)} \quad \text{avec} \quad \beta_0 = 11 – \frac{2n_f}{3} \]
1. Pour \( n_f = 6 \) saveurs de quarks actives, calculer \( \beta_0 \).
2. À quelle condition sur le signe de \( \beta_0 \) la théorie est-elle asymptotiquement libre (α_s diminue à haute énergie) ?
3. Avec \( \alpha_s(M_Z) = 0{,}118 \), calculer \( \alpha_s \) à \( Q = M_W \approx 80 \ \text{GeV} \), \( Q = 1 \ \text{TeV} \) et \( Q = 100 \ \text{TeV} \).
4. Calculer la valeur \( n_f^{\max} \) pour laquelle QCD perd la liberté asymptotique. Interpréter.
\( \beta_0 = 11 – 2\times6/3 = 11 – 4 = \mathbf{7} \)
(Le terme 11 vient des gluons auto-interagissants ; le terme \( 2n_f/3 \) des boucles de quarks qui écrantent)
\( \alpha_s(Q) \) diminue quand \( Q \) augmente si le dénominateur croît, i.e. si :
\( \beta_0 > 0 \) (et \( \alpha_s > 0 \), \( \ln(Q^2/M_Z^2) > 0 \) pour \( Q > M_Z \))
La condition de liberté asymptotique est donc \( \beta_0 > 0 \implies n_f < 33/2 = 16{,}5 \)
Pour 6 saveurs : \( \beta_0 = 7 > 0 \) → QCD est asymptotiquement libre ✓
Avec \( \alpha_s(M_Z) = 0{,}118 \), \( M_Z = 91{,}2 \ \text{GeV} \) et \( \beta_0 = 7 \) :
\( \alpha_s(Q) = \dfrac{0{,}118}{1 + \dfrac{0{,}118\times7}{2\pi}\ln(Q^2/M_Z^2)} \)
À \( Q = 80 \ \text{GeV} \) : \( \ln(80^2/91{,}2^2) = \ln(0{,}767) = -0{,}266 \implies \alpha_s \approx \dfrac{0{,}118}{1-0{,}0351} \approx \mathbf{0{,}122} \)
À \( Q = 1 \ \text{TeV} \) : \( \ln(1000^2/91{,}2^2) = \ln(120) = 4{,}79 \implies \alpha_s \approx \dfrac{0{,}118}{1+0{,}634} \approx \mathbf{0{,}072} \)
À \( Q = 100 \ \text{TeV} \) : \( \ln(10^8/8317) = \ln(12025) = 9{,}39 \implies \alpha_s \approx \dfrac{0{,}118}{1+1{,}24} \approx \mathbf{0{,}053} \)
La liberté asymptotique est perdue quand \( \beta_0 \leq 0 \) :
\( 11 – 2n_f/3 \leq 0 \implies n_f \geq 33/2 = 16{,}5 \implies n_f^{\max} = 16 \)
Pour \( n_f \geq 17 \) saveurs de quarks : QCD ne serait plus asymptotiquement libre.
Avec seulement 6 saveurs dans la nature, QCD reste libre asymptotiquement — ce n’est pas un hasard, c’est une contrainte de cohérence de la théorie.
Unification des constantes de couplage — vers la Grande Unification
Avancé — GUT et running couplingsLes trois constantes de couplage α₁ (U(1)), α₂ (SU(2)) et α₃ (SU(3)) évoluent avec l’énergie selon les équations du groupe de renormalisation. À basse énergie (\( Q = M_Z \)) :
\[ \alpha_3(M_Z) \approx 0{,}118 \quad \alpha_2(M_Z) \approx 0{,}0338 \quad \alpha_1(M_Z) \approx 0{,}0170 \]
Les fonctions bêta à une boucle sont : \( b_i = (b_1, b_2, b_3) = (-41/10, 19/6, 7) \) pour le Modèle Standard (convention avec \( \alpha_i^{-1}(Q) = \alpha_i^{-1}(M_Z) + b_i\ln(Q/M_Z)/(2\pi) \)).
1. Calculer \( \alpha_i^{-1}(M_Z) \) pour les trois forces.
2. Tracer qualitativement l’évolution de \( \alpha_i^{-1} \) vers les hautes énergies (b₁ < 0 → α₁ croît ; b₂, b₃ > 0 → α₂, α₃ décroissent).
3. Montrer que dans le Modèle Standard, les trois courbes ne convergent pas exactement vers un point unique.
4. Avec la supersymétrie (SUSY), \( (b_1, b_2, b_3) = (-33/5, 1, -3) \) : comment cela modifie-t-il la convergence ? Vers quelle énergie unifiée \( M_{\text{GUT}} \) convergent-elles ?
\( \alpha_3^{-1}(M_Z) = 1/0{,}118 \approx \mathbf{8{,}47} \)
\( \alpha_2^{-1}(M_Z) = 1/0{,}0338 \approx \mathbf{29{,}6} \)
\( \alpha_1^{-1}(M_Z) = 1/0{,}0170 \approx \mathbf{58{,}8} \)
\( \alpha_i^{-1}(Q) = \alpha_i^{-1}(M_Z) + \dfrac{b_i}{2\pi}\ln(Q/M_Z) \)
\( b_1 = -41/10 = -4{,}1 < 0 \) → \( \alpha_1^{-1} \) décroît → \( \alpha_1 \) croît avec Q
\( b_2 = 19/6 \approx 3{,}17 > 0 \) → \( \alpha_2^{-1} \) croît → \( \alpha_2 \) décroît
\( b_3 = 7 > 0 \) → \( \alpha_3^{-1} \) croît → \( \alpha_3 \) décroît (liberté asymptotique)
Les trois lignes droites convergent vers des valeurs proches mais ne se croisent pas exactement en un seul point.
En estimant les intersections \( \alpha_1^{-1} = \alpha_2^{-1} \) :
\( \dfrac{-4{,}1-3{,}17}{2\pi}\ln(Q/M_Z) = 29{,}6 – 58{,}8 \implies \dfrac{-7{,}27}{2\pi}\ln(Q/M_Z) = -29{,}2 \)
\( \ln(Q/M_Z) \approx 25{,}2 \implies Q \approx M_Z\times e^{25{,}2} \approx 91\times10^{10{,}9} \approx 10^{13} \ \text{GeV} \)
En faisant \( \alpha_2^{-1} = \alpha_3^{-1} \) on obtient \( \sim 10^{15} \ \text{GeV} \).
Les deux échelles diffèrent d’un facteur \( \sim 100 \) → pas d’unification exacte dans le SM.
Avec SUSY : \( (b_1, b_2, b_3) = (-33/5, 1, -3) \)
La pente de \( \alpha_1^{-1} \) est plus raide (b₁ plus négatif), \( \alpha_2^{-1} \) quasi-plate, \( \alpha_3^{-1} \) remonte (b₃ < 0 → α₃ croît → confinement à basse énergie préservé).
Les trois droites convergent vers le même point à \( M_{\text{GUT}} \approx \mathbf{2\times10^{16} \ \text{GeV}} \) avec \( \alpha_{\text{GUT}} \approx 1/25 \).
C’est l’une des motivations les plus solides pour la supersymétrie — elle réalise une unification précise des trois constantes de couplage, impossible dans le MS sans SUSY.
Les idées reçues à corriger
- “Le Modèle Standard unifie les quatre forces fondamentales” : non, seulement trois. La gravitation n’est pas incluse dans le Modèle Standard. La réunification des trois forces électrofaible + forte est déjà un exploit immense, mais la gravité reste en dehors — c’est le plus grand problème ouvert de la physique théorique.
- “Les gluons n’interagissent pas entre eux” : contrairement aux photons (QED, groupe abélien U(1)), les gluons portent eux-mêmes une charge de couleur et s’auto-interagissent (terme \( g_sf^{abc}A^b A^c \) dans le tenseur). C’est cette auto-interaction qui produit le confinement et la liberté asymptotique — phénomènes sans équivalent en électromagnétisme.
- “Le boson de Higgs donne une masse à toutes les particules” : le mécanisme de Higgs donne une masse aux bosons W, Z et aux fermions via le couplage de Yukawa. Mais les gluons et photons restent sans masse (symétrie préservée). Et 99% de la masse du proton vient de l’énergie de liaison QCD (énergie cinétique des quarks et de gluons) — pas du boson de Higgs.
- “L’unification électrofaible signifie que les deux forces ont la même force” : non. L’unification signifie une origine commune (même groupe SU(2)×U(1)), pas la même intensité apparente. La brisure de symétrie par le champ de Higgs leur donne des portées et des couplages effectifs très différents à basse énergie. L’unification réelle (mêmes couplages) n’a lieu que vers \( \sim 10^{16} \ \text{GeV} \).
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