📘 Le temps
Le temps est la dimension fondamentale de l’existence humaine. Il désigne à la fois l’écoulement objectif mesuré par les horloges et la durée subjective vécue par la conscience. Il soulève des questions sur la nature du présent, de la mémoire et du rapport à la mort.
📐 I. Le temps objectif et le temps subjectif
Le temps physique (Aristote) : Le temps est le nombre du mouvement selon l’avant et l’après. Sans mouvement, pas de temps. Le temps est lié au changement dans le monde extérieur — il est objectif et mesurable.
Le temps subjectif (Augustin) : Augustin, Confessions (397) : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je veux l’expliquer à qui me le demande, je ne le sais plus. » Le temps n’existe que dans l’âme — le passé (mémoire), le présent (attention), le futur (attente) sont des présents de l’âme. Il n’y a pas trois temps mais trois présents.
Kant : Le temps est une forme a priori de la sensibilité intérieure — une condition de toute expérience possible, non une propriété des choses en soi. On ne peut rien percevoir sans le cadre du temps.
📐 II. La durée et la mémoire
Bergson — la durée (durée) : Le temps de la science (mesurable, homogène, découpable) trahit le temps vécu. La durée est le temps tel qu’il est vécu dans la conscience — hétérogène, continu, irréversible. La conscience n’est pas une série d’instants successifs mais une mélange continu de passé et présent. L’intuition (vs l’intelligence analytique) est le seul moyen de saisir la durée.
La mémoire (Bergson) : Matière et mémoire (1896) : distinction entre la mémoire-habitude (mémoire du corps, automatismes acquis) et la mémoire pure (souvenir pur d’un événement unique, stocké intégralement dans le passé). La mémoire n’est pas dans le cerveau mais dans le temps lui-même.
Proust : La mémoire involontaire (la madeleine) ressuscite le passé dans toute sa qualité sensible — elle accède à un temps plus réel que le temps chronologique. À la recherche du temps perdu est une exploration de la mémoire subjective.
📐 III. Le temps et la mort — l’être-pour-la-mort
Heidegger — l’être-pour-la-mort : Être et Temps (1927) : la mort n’est pas un événement futur parmi d’autres — elle est la possibilité la plus propre, non-relationnelle, certaine et indéterminée. Prendre conscience de sa finitude (être-pour-la-mort) est la condition de l’authenticité : seul face à la mort, le Dasein (l’être-là) peut se saisir lui-même dans sa singularité.
L’angoisse face au temps : Pascal : l’homme cherche à fuir le présent dans le divertissement pour ne pas penser à sa condition (misère + grandeur). Kierkegaard : l’angoisse naît de la liberté — l’homme est conscient qu’il pourrait faire autrement.
Epicure — ne pas craindre la mort : « La mort n’est rien pour nous : quand nous sommes, la mort n’est pas là ; quand la mort est là, nous ne sommes plus. » — L’argument de la symétrie : avant la naissance on n’existait pas et on n’en souffrait pas ; après la mort ce sera pareil.
💡 Citations et auteurs à retenir
• Augustin : « Qu’est-ce que le temps ? Si on me le demande, je ne le sais plus. » — 3 présents de l’âme.
• Bergson : durée (temps vécu) ≠ temps mesurable de la science.
• Proust : mémoire involontaire ressuscite le passé dans sa qualité sensible.
• Heidegger : être-pour-la-mort = condition de l’authenticité.
• Épicure : « La mort n’est rien pour nous. » — argument de la symétrie.