📘 Le devoir
Le devoir est ce que l’on est tenu de faire, moralement ou juridiquement. En philosophie, la question centrale est : pourquoi et comment respecter le devoir moral ? Kant en a donné la théorisation la plus rigoureuse, avec la notion d’impératif catégorique.
📐 I. Définir le devoir
Devoir moral vs devoir juridique : Le devoir juridique (obligation légale) est assorti de sanctions. Le devoir moral s’impose à la volonté intérieurement, sans contrainte externe. Kant distingue : devoir parfait (garanti par la loi : payer ses dettes) et devoir imparfait (seulement moral : aider autrui).
Sources du devoir : Divine (commandements bibliques), naturelle (Rousseau : instinct moral), rationnelle (Kant), sociale (Bergson : morale close — pression du groupe).
📐 II. Le devoir moral chez Kant
L’usage de la raison : Kant rejette les morales d’autorité (règles reçues de l’extérieur : Dieu, société). La règle morale est formulée par la raison de chaque être humain — c’est l’autonomie (se donner sa propre loi). Opposé à l’hétéronomie (subir la loi d’un autre).
La bonne volonté : Ce qui est moralement bon, ce n’est pas l’action elle-même ni ses conséquences, mais l’intention (la volonté d’agir par devoir). Deux personnes font le même don : l’une par charité → action morale ; l’autre pour sa réputation → action sans valeur morale. « Ce qui fait que la bonne volonté est telle, c’est seulement le vouloir. » (Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785)
Impératif hypothétique vs catégorique :
• Impératif hypothétique : conditionnel — « Si tu veux X, fais Y ». Vaut sous condition d’une fin choisie.
• Impératif catégorique : inconditionnel — s’impose absolument à tous, quelle que soit la fin visée.
Les 3 formulations de l’impératif catégorique :
| Formulation | Énoncé |
|---|---|
| Universalité | « Agis seulement d’après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle. » |
| Humanité | « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. » |
| Autonomie / Législation universelle | Agis comme si tu étais législateur d’un royaume des fins. |
📐 III. Critiques et alternatives
Critique conséquentialiste / utilitariste : Stuart Mill : ce qui compte moralement c’est le résultat de l’action — le bonheur du plus grand nombre (utilitarisme). La bonne intention ne suffit pas si les conséquences sont mauvaises.
La banalité du mal (Arendt) : Le procès Eichmann montre que le mal peut être perpétré par des gens ordinaires qui exécutent des ordres sans penser moralement — c’est la banalité du mal. Conséquence : le devoir moral exige une pensée critique autonome, refuser d’obéir aveuglément.
Se libérer des déterminismes : Sartre : l’être humain est condamné à être libre — il n’y a pas d’excuses (mauvaise foi). Le devoir est d’assumer cette liberté et d’en être responsable.
💡 Citations et auteurs à retenir
• Kant (1785) : bonne volonté = seule chose bonne sans restriction.
• Impératif catégorique : « Agis seulement selon la maxime qui peut devenir loi universelle. »
• Traiter l’humanité toujours comme fin, jamais simplement comme moyen.
• Arendt : banalité du mal — le devoir exige la pensée critique.
• Mill : utilitarisme — bonheur du plus grand nombre = critère moral.